Le 21 juillet les couleurs sont hissées pour notre fête nationale mais aussi pour la joie de revoir le soleil, enfin une partie car à midi il n’était qu’à quelques minutes de degré au dessus de l’horizon.

Les menus de ce jour mémorable sont 100% belges, voyez plutôt

Le matin Café, pain beurre, pain d’épices de Gand, filet d’Anvers.

A midi

Potage aux poireaux, pingouin royal rôti sauce venaison, purée de pommes de terre, asperges de Malines, jambon d’Ardennes, dessert.

Le soir

Boudin de Liège et compote de pommes.

Le 7 août. Un matelot se présente avec un papier sur lequel il a noté : « je n’entends plus, je ne sais plus parler ». Après examen, le médecin du bord conclu que l’homme est capable d’entendre et de parler mais diagnostique une atteinte au cerveau. Une garde autour du matelot est organisée ; il faut maintenant compter avec ce fait nouveau en plus des éléments extérieures et hostiles. Ce jour là tous les maux semblèrent plus aigus à chacun.

Ils avaient espéré que la réapparition du soleil serait un bon remède, il n’en est rien. Seul le commandant en second après avoir été très atteint est maintenant en forme. Les autres sont de plus en plus las. Jambes gonflées, pulsations atteignant 150 par minute ou pouls bizarrement ralenti, pressions à la tête. Un des remèdes préconisé reste la viande fraîche, mais celle de phoque rebute la plupart des membres de l’expédition.

Les distractions dans cet univers confiné sont rares. Jeu de carte (whist), les haricots remplaçant l’argent, une séance chez le coiffeur, rôle rempli par le docteur ! Un gros problème : l’entretien des vêtements. Chacun à sa manière personnelle. Pour l’un après avoir calculé le nombre de ses sous-vêtements, il en change tous les 15/18 jours, et fera la lessive lorsque tout sera sale. Un autre coupe ses bas en deux pour en doubler le nombre ! Transporter son linge dans la mâture est également une solution, la neige et le givre le rafraîchira !

Le 22 août le commandant en second Lecointe prépare le rapport relatif au projet d’aller en reconnaissance dans un but scientifique à la Terre Victoria. Ce rapport traite de la question des voies et moyens pour atteindre le pôle magnétique austral. L’expédition se fera avec Lecointe, Amundsen et le médecin Cook. Avec l’accord de de Gerlache les préparatifs sont mis en train et l’équipage, malgré sa fatigue, offre ses services.

La qualité des vêtements qui seront portés est d’une importance primordiale.

Caleçon, chemise et bas seront en laine, les bottes en fourrure doivent être fourrées par une couche d’herbe norvégienne appelée sénégrasse. Culotte et anorak également en fourrure.

Le 25 août, le soleil est toujours bas sur l’horizon et un épais brouillard règne tout autour de la Belgica. Les matelots le savent, cependant ce jour là, vers 5 heures l’absence de deux d’entre eux est remarquée. Aussitôt les recherches commencent. Cela s’avère très difficile, la boussole étant inutilisable puisqu’il n’y a pas de repère dans la brume. Les chercheurs se sont scindés en deux groupes. Appel et cri restent sans réponse mais des difficultés insurmontables obligent tout le monde à rentrer à bord. Heureusement la température est « clémente » : 8° sous zéro. Le lendemain à 5 heures du matin et au moment où les recherches vont reprendre, les deux inconscients apparaissent. Ils avaient eu la présence d’esprit, une fois le navire hors de leur vue, de semer des blocs de glace en se basant sur la direction du vent et de construire un mur de neige afin de se protéger pendant la nuit. Ils ont cependant eu  à souffrir de froid, de faim et de soif.

Des passagers clandestins s’étaient embarqués à Punta Arenas : des rats.

Ils pullulent maintenant de la cale jusqu’au pont, mangent les précieuses denrées et sont tellement effrontés qu’ils n’hésitent pas à  circuler de nuit dans les cabines où se reposent les explorateurs. La chasse s’organise mais ces créatures déjouent tous les pièges.

En août la température moyenne a été de –11,3°

Le 5 septembre, la glace dans laquelle la Belgica est rivée devient plus épaisse, et le 8 à 4 heures du matin la température est de –43.1°

Le 21 septembre, l’état major se réunit et la décision est prise de gagner la mer libre dès que cela sera possible afin de compléter les recherches zoologiques et océanographiques au large de la Terre de Graham. Il ne serait pas possible d’avancer plus avant dans la banquise étant donné l’état de faiblesse de tous.

En prévision de la délivrance prochaine espérée, de la neige est fondue journellement afin de faire provision d’eau douce. La toiture du pont est soigneusement démontée, elle devra encore servir.

Début octobre des trouées se sont formées dans la glace mais le navire reste toujours bloqué. Les grands froids persistent et de la glace se reforme.

La Belgica ce ravitaillant d'eau douce (collection MRA - E4930)

La Belgica continue à dériver en même temps que la banquise. Ainsi le 31 mai le navire avait atteint sa latitude extrême de 71° 36’ et le 1er novembre il se retrouve à celle du 22 février. Les hommes demeurent impuissants devant ces forces.

La neige  tombe depuis 25 jours sans discontinuer et le 6 novembre 1898 il est de plus en plus difficile de sortir, une partie du pont est enseveli sous une épaisse couche blanche.

Le 16 novembre, enfin, le soleil est vraiment là. Il éclairera la région pendant de longues semaines bien que souvent voilé par la brume. La délivrance est-elle proche ? L’état major aide l’équipage à déblayer la neige sur et autour du navire.

Soirée radieuse le 28 novembre. Une Brabançonne retentit pour célébrer la première apparition du soleil de minuit ! C’est la joie pour tous , on ose parler du retour.

L'approvitionnement de neige pour l'eau potable (collection MRA - E4930)