Noël, un nouvel hivernage est-il à prévoir ?

 

Les jours passent et le navire est toujours bloqué dans sa gangue de glace.

Le 22 décembre, cœur de l’été austral, la mesure de la glace prise à 100 m du navire donne un résultat de plus de 8 mètres.

A l’arrière de la Belgica la banquise est en mouvement, est-ce un signe ?

Le 24 décembre le réveillon de Noël reste bien morose, malgré un repas de fête et une distribution de petits cadeaux. Chacun songe à un deuxième hivernage, car les chances de délivrance s’amenuisent bien que la moyenne de la température soit de – 2,2° et qu’au loin on devine une clairière de mer libre.

Et voici que commence l’année 1899, l’échange de souhait du 1er janvier s’est fait sans grande conviction. Tous à bord sont très fatigués et cela inquiète fortement le docteur.

Conséquence de la dérive de la banquise, le navire se retrouve ce jour là à l’endroit où l’année dernière la mer était libre. 

L’état-major décide alors de creuser un canal à l’avant du navire ; même si cela reste vain cela empêchera l’inaction de provoquer des conflits.  Pour effectuer ce travail surhumain, qui durera du début janvier 1899 jusqu’à la mi-mars, les explorateurs ne disposent que de très peu d’outils. Les premiers essais se font à l’aide d’une torpille remplie de tonite et insérée dans une ouverture de la glace faite à la main. Les résultats sont décevants. Il faut donc se résoudre à utiliser les scies, les pioches et les piolets ; mais l’épaisseur à creuser à la proue est telle qu’il faut trouver une autre solution.

Le commandant de Gerlache propose alors de creuser à l’arrière du bâtiment. En effet durant l’hiver une crevasse s’était formée à cet endroit, s’était élargie et ensuite fut recouverte d’une couche de glace nécessairement plus mince que celle située à l’avant du navire. Les sondages effectués prouvent qu’il y a là une possibilité de réussite. Il est convenu que les travaux se poursuivront 24 heures sur 24. Plus de distinction hiérarchique, tous se mettent au travail.

Divers systèmes sont proposés et essayés sans résultats probants. Il n’est pas aisé de creuser un canal de 700 m de long. Les équipes se constituent, trois hommes par outil pour manier les petites scies en se relayant toutes les 5 minutes, trois autres à l’aide de la scie double travaillent pendant 55 minutes sans interruption, puis se reposent pendant 5 minutes. Lorsque ayant atteint une région ou la couche aqueuse est en surface les hommes  pataugent dans l’eau glacée jusqu’au mollet mais ils continuent à creuser.

Le 30 janvier l’embouchure du canal est obstruée par les glaces flottantes venant de la clairière., deux jours plus tard ils auraient été délivrés, c’est une  catastrophe ; le 31 janvier c’est plus grave : la nappe de glace s’est déplacée, la crevasse s’est élargie en resserrant le canal qui de ce fait ne peut plus être franchi par la Belgica. L’anéantissement du rude labeur fourni sape le moral des explorateurs. De plus cette nappe  libre  peut tourner autour du navire et l’écraser. Le spectre d’une seconde nuit polaire hante tous les esprits. Le docteur diagnostique qu’au moins 4 membres de l’équipage ne pourraient y survivre. La baleinière et un canot sont testés quant à leur stabilité et à leur capacité d’être halés sur la glace,  les vivres sont recensés et rationnés en vue d’une évacuation par terre

Le 1er février la banquise semble close, le froid est vif. Un traîneau destiné à tirer le canot est fabriqué à bord.

Sur la glace, le travail de forçat se poursuit cependant toujours dans l’espoir d’ouvrir une voie d’eau libre.

Un mouvement de houle est maintenant perceptible. Le 11 février une détente se produit dans la banquise, de longs chenaux sont visibles au nord-nord-ouest.

Le 14 février il ne fallait « plus que » dégager l’arrière du navire, là où la glace est la plus dure ; il faut à nouveau utiliser la tonite. Lorsque le navire est plus ou moins dégagé il est mis en marche arrière avec le risque d’abîmer l’hélice et le gouvernail . Soudain le canal s’élargit et la Belgica se dirige à toute vapeur vers la clairière. Ce n’est cependant pas encore gagné et il faut mettre en panne. Il faut maintenant pouvoir virer de bord. Un port de 600 m2 est découpé dans une glace assez friable. Nouvelle déception, après avoir manœuvré le navire se trouve comprimé en travers du canal.

Puisse une détente intervenir ! Et elle arrive, la Belgica fonce alors full speed vers le barrage de glace qui vole en éclat et c’est la délivrance.

 

Le navire doit maintenant être préparé pour une navigation normale, c’est ce à quoi l’équipage s’affaire pendant les jours suivant la délivrance. Un veilleur se trouve en permanence dans le nid de corbeau afin d’indiquer la route à suivre entre les champs de glace, la mer libre est encore loin ! Vers le 20 février la position de la Belgica se situe à dix milles du large. La dérive les entraîne toujours vers l’ouest. Début mars plus que trois ou quatre milles avant d’atteindre l’océan. La glace ne lâche pas si facilement sa proie et une grande plaque située à l’arrière doit être détruite toujours à l’aide de la tonite. 14 mars, les glaces se sont disjointes plus ; d’obstacles, c’est la liberté.