Le retour – Punta Arenas  

14 mars vers midi, le temps et couvert, un sondage donne une profondeur de 2.800 m et la latitude est approximativement de 70* 40’ S. le cap est mis au Nord.

Un mélange de sensation envahit l’équipage. La joie de la délivrance et une certaine tristesse : c’est l’adieu aux deux compagnons décédés et à la banquise.

Une question se pose : quelle route choisir pour franchir le détroit de Magellan ?

Afin d’éviter des navires plus rapides qui pourraient annoncer le retour à la famille du matelot disparu sans préparation, la Belgica choisit le plus difficile c’est-à-dire par le canal de Cockburn.

Le 26 mars, après une navigation très difficile, l’Amérique du Sud se rapproche. La vue d’un cormoran annonce une terre et bientôt l’île Noire est là, toute proche.

Les instructions nautiques annoncent un bon mouillage à cet endroit et à 6 heures du soir le navire jette l’ancre. Mais le 27 à 1 heure du matin la mer est démontée, l’ancre dérape et devant l’impossibilité de la remonter et la proximité des récifs où le navire risque d’être drossé, chaîne et ancre sont abandonnées. Le voilier file alors vers les Furies, le second Lecointe monte au nid de corbeau afin de répérer les écueils. Pendant plus d’une heure la Belgica réussit à éviter les dangers et enfin les Furies sont dépassées et c’est l’entrée dans le canal de Cockburn.

26 mars 1899, Punta Arenas est atteinte. L’étonnement est grand parmi la population de la petite ville. Tout le monde croyait à la disparition des explorateurs.

Des gens sans scrupules avaient déjà transmis des « scoops » à la presse tels que :

-   leur épave avait été aperçue près des Shetland ;

-    un capitaine était même monté à bord de la Belgica au moment où elle s’était engagée dans la mer de Ross et avait obtenu une interview de de Gerlache et de Lecointe ;

-   un troisième, fameux menteur, aurait pu descendre dans les cales et voir la cargaison composée d’or trouvé au ras du sol ! ! !

 La déception fut grande lorsqu’ils trouvèrent que les lettres envoyées par leur famille à Punta Arenas dataient de peu de temps après leur départ de ce lieu.

Par contre en 15 mois d’absence le monde n’avait pas cessé de tourner. La guerre hispano-américaine était terminée, l’air liquide pouvait être liquéfié, et ce qui pour eux était primordial, la télégraphie sans fil était née.

  La Belgica dû rester quelques temps à Punta Arenas, il fallait réparer les avaries diverses, mais surtout rendre la santé à certains. Il fut alors décidé que les scientifiques regagnent l’Europe en paquebot.

Comme il a été dit lors de la première escale le climat de cette ville australe est loin d’être agréable. Un jour, soudain, le vent se déchaîne, la mer  grossit, la coque craque, il faut hisser les voiles et tenter de s’éloigner de la côte avant d’y être jeté et le navire s’en va vers la mer libre. A 2 heures du matin la machine ayant pu être mise en marche c’est le retour dans l’obscurité vers le mouillage, l’ancre est jetée, mais le lendemain il fut impossible de la relever. Il s’avéra que, bien des années auparavant, un cuirassé anglais avait coulé à cet endroit et les chiliens n’y avaient pas mis de bouée. Bien des avaries survinrent encore et les réparations prirent beaucoup de temps.

La Belgica étant prête fin mai, le commandant de Gerlache peut appareiller vers Santa Cruz, Buenos Aires pour arriver à Boulogne sur Mer en octobre 1899 ; de là c’est par petites étapes qu’elle  regagne Anvers. Le 5 novembre des yachts, des bateaux de plaisance et la malle poste Clémentine envoyée par le gouvernement escortent les explorateurs depuis la frontière jusqu’à Anvers.La réception des autorités du pays et de la population fut naturellement très enthousiaste.

Conclusion

La Belgica, sur les traces de Cook, de Ross et de bien d’autres, a exploré avec minutie la partie de l’Antarctique au nord de la terre de Graham et découvert le détroit « de Gerlache ». Les scientifiques ont étudiés une flore et une faune très peu connues à cette époque. Les observations météorologiques faites d’heure en heure pendant un année furent d’une grande importance.

Le pavillon belge a flotté fièrement sur ce navire conquérant de terre lointaine.

Suite

Après de nombreuse expéditions en compagnie du Duc d'Orléans, Adrien de Gerlache de Gomery décède à Bruxelles le 4 décembre 1934.